Patrimoine et Histoire de Champfromier, par Ghislain LANCEL

Châtillon-en-Michaille, lieux-dits :
Places des marchés et des foires

 

Au Moyen-Age, des habitations s'étaient logiquement groupées en contre-bas à proximité de l'ancien château du Quartier de la Tour. Et si en 1563, le château était "tombé en ruine de si longtemps qu'il n'est mémoire d'homme", cependant des hommes continuaient à y vivre alentour. En témoignent là une vieille colonne débordant d'un mur, ici une pierre gravée des outils du forgeron. Même les édifices principaux y étaient encore présents, avec leur activité. La route des diligences, menant de Lyon à Genève, y passait encore, entrant dans le village par l'extrémité nord-ouest de l'actuelle rue Astier mais la quittant au niveau de l'ancienne gendarmerie pour grimper en ligne droite au quartier de la Tour [Visages de l'Ain, n° 90, p. 14], jusqu'à la chapelle, et redescendant par l'actuelle Rue St-Joseph, se poursuivant ensuite vers Bellegarde par la rue de la Plaine. Là-haut, il n'était donc pas surprenant d'y trouver encore en 1769 les places des marchés et des foires, le presbytère de la chapelle et le four banal. Toutefois le vieux marché d'alors, d'accès incommode ou devenu trop exigu, avait changé de place pour le bas, auprès des anciennes halles. Le dénombrement de 21 pages en 1769 par le seigneur Charles Joseph de Bouvens (aussi seigneur de Musinens) est d'une exceptionnelle richesse à propos des bâtiments et usages de cette époque [AD21, B 11073].

La place du marché est une première fois signalée, pour délimiter au matin (à l'est) les masures et places de l'ancien château (Quartier de la Tour). Puis l'on apprend que cette place est l'ancienne, désormais remplacée par une nouvelle, pour les marchés et les foires :

"Item, une [ancienne] place à tenir la foire [Quartier de la Tour], qui joint les maisons de Pierre Renand et Me Fauvin du matin, un chemin du soir, un autre chemin du vent, et le curtil de Me Fauvin de bise." Cette place semble la même que celle du marché précédent puisque l'ancien château est aussi dit délimité par "le curtil de Me Fauvin, du vent (A 162 en 1832 ?)". Ces anciennes places sont encore évoquées plus loin dans le même dénombrement, cette fois à propos du four banal : "lequel four [est-ce la parcelle A207 ?] joint du côté du matin et bise (à) la cour de la maison presbytérale, et du côté de midi et couchant à les anciennes places des foires et marchés".

"Item, une autre place [la nouvelle, au bas de l'actuelle rue de l'Eglise], qui est la nouvelle, où se tiennent les foires et les marchés, et où est une halle d'un côté, et de l'autre sont construites des boutiques, laquelle place jouxte la maison du Sieur Ravinet du levant, les écuries de la veuve Crochet du couchant, le puits commun du midi, et le Grand Chemin royal de bise ; les boutiques et bancs placés sous la halle sont affermés annuellement au profit du seigneur, qui est tenu aux réparations des halles." Il est présumé que c'est cette place qui comportait aussi "un pilori à Chatillon dans la place du marché, auquel est attaché un carcan", mentionné dans le même dénombrement. Si l'on s'en réfère aux Crochet et aux Ravinet, ainsi qu'aux boutiques, cette nouvelle place devait déjà exister en 1734 [Arch. privées lacroix, n°31].

Les redevances seigneuriales sont explicitées plus loin encore : "Item, lui appartient un droit de layde, qui se perçoit les jours de foire sur les bêtes exposées en vente, tant bœufs que vaches, que moutons, sur le pied d'un sol pour chaque bœuf et vache, et 6 deniers pour chaque mouton ; de plus ledit droit se perçoit encore le jour de fête de St-Michel, sur tous les bancs où il s'entrepose des marchandises, comme draps, souliers et toutes sortes de merceries, etc., sur le pied d'un sol par banc".

Par contre une ancienne taxe, sur les céréales, dont les transactions se font désormais à Nantua, n'est plus citée que pour mémoire : "Item, lui appartient aussi un droit de pochonage, sur les grains de toutes espèces qui s'exposent en vente et se débitent aux marchés dudit Chatillon qui se tiennent les lundis de chaque semaine, lequel droit se perçoit sur le pied de la 24e partie de chaque mesure, mais n'est à présent d'aucun produit, attendu la proximité du marché de Nantua."

Les foires sont alors au nombre de quatre : "Item, appartient audit seigneur le droit des foires de Chatillon, établies de toute ancienneté, et qui sont au nombre de quatre, savoir : A Pâques, au Premier de mai, à Pentecôte et à la St-Michel ; les droits que produisent lesdites foires ont été expliqués ci-devant, et sont de très petites conséquences."

XIXsiècle

A l'état des sections de 1832, la parcelle entourant l'église à la Crétaz (A 92) est dite la Place d'Armes et appartient à la commune de Châtillon, et c'est le seul endroit portant le nom de place.

XXsiècle

En 1907, les emplacements pour vendre les bestiaux étaient payants, et une personne était adjudicataire de l'ensemble de ces places. Le cahier des charges, de l'adjudication du 16 février 1908, nous informe des usages, qui disparaîtrons avec la Première guerre mondiale. L'adjudicataire devra se appliquer le tarif employé dans la région : 30 centimes par mètre carré occupé par toutes sortes de marchandises ; 10 centimes par tête de cheval, bœuf, taureau et vache ; 5 centimes par tête de génisse, veau, porc, chèvre et mouton. La durée du bail est de 6 ans. L'adjudicataire ne devra pas faire payer les emplacements les jours des foires récemment crées, celles du 5 février et du 5 juillet. Les marchands forains qui s'installent sur la voie publique payeront aussi un droit de place, sauf les jours de la fête de la Saint-Jean et des Comices agricoles. Un autre document, récapitulatif, donne cependant que le bail des bancs des foires avait été accordé le 20 juin 1889 à François Buffard, pour 3 ou 6 ans, pour un prix annuel de 125 francs [AD01, Archiv. déposées de Châtillon, 4N/Bancs de foire et droits de places ; Etats des propriétés foncières productives en 1890].

Après la Seconde guerre mondiale, la France retrouve la joie de vivre, et ses fêtes de village. En 1945, celle de Châtillon se tenait sur la Place du bas du village, alors celle des hôtels des touristes, et en témoigne une remarquable caricature, datée de "Chatillon le 24 juin 45", due à la plume de Pierre Collet, caricaturiste à l'Illustration, croquée depuis son hôtel. Au dos, il y est précisé que c'est le jour de la St-Jean et que le personnage principal est le "Père Croc", qui était le père de la femme de Jules Pelleix, propriétaire des manèges, balançoires et pousse-pouce. A la fenêtre, qui secoue une descente de lit, serait Clémence, la femme de ménage du Docteur Mallet.

 

Caricature Pierre Collet

Si le personnage du premier plan est nonchalant, par contre l'un des habitants en profite pour se rincer l'œil ! Et ne dites pas que je l'invente, des pointillés sont là pour en témoigner, reliant les yeux du voyeur à la jupe retroussée de la femme prenant son plaisir au pousse-pousse...

 

Sources : AD21, B 11073 ; Etat des sections ; Visages de l'Ain, n° 90, p. 14, archives Florence Poncet.

Publication : Ghislain Lancel

Première publication le 25/09/2024. Dernière mise à jour de cette page, le 3 janvier 2025.

 

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